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Mort – Jugement dernier – vie éternelle

I. Le point de vue musulman

 

La mort

Le musulman ne doit pas chasser la mort de sa vie. Au contraire, il est tenu à vivre avec la mort. La mort accompagne l’homme au quotidien. Celui-ci doit en prendre conscience dans l’intérêt même de la vie. Dans le Coran, on lit: « Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours imprenables.»(4,79) «La mort que vous fuyez va certes vous rencontrer. »(62,9) et enfin : « Nous avons prédéterminé la mort parmi vous. Nous ne serons point empêchés de vous remplacer par vos semblables, et vous faire renaître dans [un état] que vous ne savez pas. » (56,61-62). Cinq fois par jour le musulman prononce la formule : « Car le temps s’enfuit ! En vérité, l’homme n’est pas perdu, sauf pour ceux qui croient et qui font le bien et qui s’encouragent mutuellement à aimer la vérité et se motivent les uns les autres à persévérer ».[…] Dans la vie de foi des musulmans et de la communauté islamique, le mort n’est pas étouffée ni passée sous silence. Mais on lui accorde une importance particulière, ou mieux, on lui donne son sens fondamental. Dieu rappelle à la mémoire de l’homme, dans sa Parole – Koran - que la mort n’est pas exclusivement et en premier lieu « la rançon du péché, mais qu’elle est avant tout « retour à la maison », et non la fin de tout. Ce que nous considérons comme la mort, comme l’exitus, la sortie, la fin, la déchéance ou même la catastrophe, est, dans l’univers religieux le retour de la vie à son origine – la « réunion à Dieu » (5,36). La mort, la limite de la vie ? À tout le moins, Dieu explique clairement dans le Coran, qu’il ne souhaite pas que la mort soit comprise de cette façon, quoi que puisse en penser l’être humain. […]

 

La tradition

Si nous voulons comprendre la certitude omniprésente du musulman, entièrement ordonnée au jour de la résurrection et de la vie éternelle dans la proximité de Dieu, il faut se pénétrer quelque peu de la tradition très vivante. En lien avec les événements eschatologiques, l’ange de la mort (la tradition l’appelle « Izra’il ») joue un rôle prépondérant. Il est question de lui dans la Sourate 32,12 : « Parle, ‘L’ange de la mort – malak al-mauwt - qui est placé au-dessus de vous, accueillera vos âmes ; vous serez alors amenés à votre Seigneur’ » Même si le Coran n’explique pas dans le détail ce qui se passe entre la mort et la résurrection, la tradition s’est largement occupée de ce sujet. Selon elle, l’ange de la mort est chargé de séparer l’âme (‘nafs’ ou ‘ruh’) du corps du défunt. Si elle fait partie de ceux qui sont sauvés, elle est amenée devant Dieu, où elle s’entend dire que tous ses péchés lui ont été pardonnés. Ensuite l’âme retourne sur terre et elle se dépose sur le corps non encore enseveli du défunt. Par contre, l’âme d’une personne déchue est renvoyée à la porte inférieure du ciel. Alors l’ange de la mort écarte d’elle sa main protectrice et elle retombe sur la terre. C’est là que les Zabaniya, les anges gardiens des enfers la saisissent et l’amènent au rassemblement des damnés. Une deuxième étape importante est l’interrogatoire dans la tombe. Lorsque le corps du défunt est inhumé, les anges Munkar (condamnable) et Nakir (hideux) font leur apparition, pour interroger le mort sur sa foi et sur sa vie de foi. Cette représentation a suscité une tradition émouvante qui joue un rôle essentiel lors des funérailles. La communauté endeuillée s’efforce d’aider le défunt afin de le préparer à l’interrogatoire des anges. Voici la formule qu’on lui rappelle : « O serviteur de Dieu ! Souviens-toi de l’obligation que tu as prise sur toi avant de quitter cette terre : de savoir qu’il n’y a pas de Dieu en dehors du Dieu Unique et que Mahomet est le Prophète du Dieu Unique, que la croyance au paradis est vraie, et que l’enfer est vrai, et que l’interrogatoire au tombeau est vrai, et qu’il ne fait aucun doute, que le dernier jour arrivera, quand Dieu ressuscitera ceux qui sont dans les tombeaux ; que tu as reconnu que Dieu est le Seigneur, que le Coran est ton guide, la Ka’ba est la direction dans laquelle tu pries et que tous les croyants sont tes frères. Que Dieu te fortifie lors de cet interrogatoire ; car le Coran dit : ‘Dieu fortifie les croyants par la parole qui est solidement fondée, dans cette vie et dans la vie future ; et Dieu laisse le pécheur se perdre ; car Dieu fait ce qu’Il veut’ » (14 :28)

Si la réponse est positive, les anges Mubashshar et Bashir (Annonceurs de la bonne nouvelle) prennent en charge le défunt. Ils entrouvrent la tombe pour qu’un peu de lumière du jour pointe sur lui en signe de la résurrection promise. Ils disent alors : dors, comme l’époux dort, le seul qui puisse réveiller son amante. Dors, jusqu’à ce que Dieu te fasse te lever de ta couche. Mais si la réponse est négative, le corps reçoit la punition de la tombe, à savoir : il est frappé et humilié par Munkar et Nakir. Vient ensuite la longue nuit, le temps de l’attente du jugement dernier. Les âmes vivent une vie semblable au sommeil d’un ivrogne. Quand, finalement, le dernier jour pointe, ils auront l’impression « qu’ils n’ont passé qu’une heure du jour dans la tombe » (10,46) ou « seulement une soirée et la matinée suivante » (79,47).

La tradition de l’interrogatoire dans la tombe se base essentiellement sur deux passages coraniques :

  • « Et parmi les Bédouins qui vous entourent, il y a des hypocrites, tout comme une partie des habitants de Médine. Ils s’obstinent dans l’hypocrisie. Tu ne les connais pas, mais Nous les connaissons. Nous les châtierons deux fois puis ils seront ramenés vers un énorme châtiment » (9,101)
  • « Ils diront : ‘Notre Seigneur, tu nous as fait mourir deux fois et tu nous as fait vivre deux fois, et nous regrettons nos péchés. Y a-t-il une échappatoire’ »(41,11)

Naturellement, cette tradition qui ne fait pas partie du Coran a toujours été contestée en théologie, alors même qu’elle constitue une partie solide de la piété populaire. C’est avant tout le courant de pensée théologique intellectuelle des Mutazilites, datant de la première moitié du 8ème siècle, et proche aussi du réformateur Muhammad Abduh (1849-1905), qui rejette l’interrogatoire dans la tombe, et avec lui la punition de la tombe.

 

Voici l’argumentation des Mutazilites : dans l’observation des défunts, on ne peut voir aucune trace de réanimation ni d’un interrogatoire subséquent. Ceci contredit l’interprétation littérale des passages coraniques cités, qui semblent parler de la punition dans le tombeau. Car on ne peut accueillir le sens littéral du Coran que s’il ne contredit pas l’expérience et l’intelligence. Dans l’autre cas, il faut le comprendre au sens figuré. Mais il est obligatoire de croire que chaque personne doit rendre compte devant Dieu de son agir, et que, sur base de son bilan moral, il sera récompensé ou puni dans l’au-delà.

Il existe aussi des traditions différentes concernant le séjour de l’âme entre la mort et la résurrection. D’après l’un de ces textes, l’âme se tiendra près de la tombe jusqu’à la résurrection : Voilà ta place jusqu’au jour de la résurrection, puisque Dieu va te ressusciter. Elle reçoit ici, d’après ses mérites, récompense ou punition, comme un avant-goût de ce qui l’attend lors du jugement après la résurrection.

Un autre texte dit que tous les croyants arrivent au paradis avant le jugement : L’âme des croyants est comme un oiseau qui se tient dans les arbres du paradis jusqu’à ce que Dieu ressuscite son corps le jour de la résurrection.

Etant donné l’âge respectable de ces traditions, beaucoup de théologiens s’en tiennent au « bila kaifa », à savoir : « Nous y croyons, mais nous renonçons à demander comment cela est possible ».

 

Par contre, les Mutazilites se réfèrent à la thèse de certains compagnons du prophète Mahomet et ses successeurs, qui se contentaient de constater, lors de discussion de problèmes eschatologiques : « Les âmes des croyants sont auprès de Dieu », sans rien ajouter. Voilà pour la tradition.

 

Le Coran pour dépasser la limite de la mort

Quelle que soit la position que l’on prenne à propos de la pieuse tradition, il faut retenir qu’à partir de ces textes il existe un haut degré de certitude du fait que l’homme rencontrera Dieu, que la frontière de la mort ne vaut pas pour Dieu, que la mort n’est pas la fin, mais qu’elle est un nouveau commencement.

Malgré des représentations colorées du paradis, que l’on ne devrait comprendre que comme des paraboles, comme la Sourate 47,16, le Coran, en ce qui concerne la rencontre avec Dieu, est plutôt prude et sobre, comme s’il voulait démontrer que le dépassement de la mort par la puissance et la miséricorde de Dieu n’avait pas besoin de formulation ou d’indication particulière.

Et effectivement, pour l’Islam, la foi en la résurrection pour une vie éternelle, la foi au « jugement dernier », à la récompense ou à la punition, est absolument essentielle. Le réformateur Muhammad Abduh (1849-1905) écrit explicitement dans son ouvrage sur l’unicité de Dieu (tawhid) :

« Celui qui croit au saint livre et à ses commandements peut comprendre en son sens personnel les révélations concernant l’au-delà et ce qui s’y passe, lorsque l’interprétation littérale lui fait difficulté. Mais il doit appuyer son explication personnelle des textes de façon fondée quand elle diffère du sens littéral et, ce faisant, se tenir à la doctrine de la vie après la mort.

 

Son explication ne peut pas non plus toucher à la foi en la récompense et punition pour les actions terrestres ainsi que les promesses et les menaces qui, d’après la doctrine coranique, s’accompliront dans la vie future. En fin de compte, l’interprétation ne peut rien contenir qui mette en question les obligation morales imposées par la religion. »

Abduh explique ici l’article 5 de la confession de foi islamique qui proclame « la résurrection après le mort ainsi que le dernier jour ». Cet article a son soutien coranique dans la formule de foi normative dans la Sourate 2,178 : « … est authentiquement juste celui qui croit en Dieu et au dernier jour », et la Sourate 30,51 : « Regarde donc les effets de la miséricorde d’Allah comment Il redonne la vie à la terre après sa mort. C’est Lui qui fait revivre les morts et Il est Omnipotent. »

Selon la conception islamique, il n’est pas besoin d’un environnement précis comme situation de l’au-delà pour comprendre le sens de l’espérance salutaire : le Coran et la tradition ne donnent pas de description du paradis et de l’enfer : ils parlent explicitement en images (« jardins de l’éternité, feu »), ils veulent simplement souligner l’intensité – et non la qualité – de la joie ou de la souffrance comme conséquence immédiate de l’agir humain, comme cela a été promis aux hommes et déterminé par la justice de Dieu

S’il est dit quelque chose de la qualité de cette récompense paradisiaque, cela se situe dans la conception coranique suivante : « aucune âme ne sait combien de beauté est cachée à ses yeux comme récompense de ses actions » (32,18) et un hadith explique : « j’ai préparé à mon serviteur juste quelque chose que le cœur de l’homme ne peut même pas imaginer ». (Abu Huraira selon l’imam Bukhari et Muslim). […]

 

Représentations du paradis et leur but

L’homme n’est capable de se représenter la joie et la souffrance que dans leur rapport avec ses expériences de vie personnelles et avec les données de son univers concret. Muhammad Hamidullah écrit à ce propos que la forme et les contenus des déclarations sur le paradis et sur l’enfer sont naturellement adaptées aux attentes et à la force imaginative des contemporains du prophète Mahomet, qu’elles se sont rapportées à des situations et du contexte de l’époque.

Objectivement ces représentations nous rappellent tout ce qui nous entoure dans notre vie terrestre : des jardins et des rivières, de belles jeunes femmes, des tapis, des pierres précieuses, de fruits, du vin et tout ce que l’homme peut souhaiter. Cela vaut aussi pour l’enfer : le feu, des serpents, de l’eau bouillante et d’autres tortures ; également des déserts glacés – et cependant ( !!) pas de mort.

Même si aujourd’hui ces images ne nous sont plus guère familières, on peut tout de même ressentir à partir d’elles une très forte intensité cherchant à transmettre une réalité qui ne vise pas l’intelligence, ni une froide analyse logique, mais bien le monde de l’émotion et du sentiment. L’objectif reste cependant clair : nous sommes confrontés à un instrument de salut mis en images pour affermir notre comportement moral et social.

C’est ainsi que le Prophète dit : « lorsque la mort s’approche d’un croyant, c’est pour lui une bonne nouvelle de la part du Dieu bienveillant et de sa grâce. Ce qu’il préfère par-dessus tout, c’est ce qui va lui arriver. Il désire ardemment la rencontre avec Dieu et Dieu désire ardemment le rencontrer.

Par contre, l’incroyant voit dans cette nouvelle un message qui annonce le refus de Dieu et la punition à venir. Rien ne lui est plus horrible que ce qui va lui arriver. La pensée de la rencontre avec Dieu le fait souffrir, tout comme l’éventualité de cette rencontre fait souffrir Dieu.

Les habitants de l’enfer vont voir grandir leur taille au point que la distance qui sépare le lobe des oreilles et les épaules sera semblable à un voyage qui dure sept cents ans, leur peau aura une longueur de soixante-dix els et leurs molaires seront semblables à la montagne Uhu » (Ibn Omar d’après Musnad Ahmad).

Quand on pense que le corps humain, et tout particulièrement la peau et la tête, sont particulièrement vulnérables aux contusions, on peut se faire une certaine idée de ce que ces affirmations ont du avoir pour effet sur les contemporains. […]

Dans les traditions, on dit finalement des habitants du paradis : « La situation la plus humble de l’un de vous dans le paradis sera celle où Dieu lui dira qu’il peut exprimer un souhait. Et il exprimera de nombreux souhaits. … Finalement Dieu lui dira que tous ses souhaits seront exaucés. Il recevra tout et encore un peu davantage (Abu Huraira et Muslim).

 

La vision de Dieu

La clé de compréhension de la relation de salut que les hommes pieux attendent à la fin de la route est formulée dans la Sourate 10,26. Il y est dit : « A ceux qui font le bien, le meilleur sera donné et encore plus ». Les traditionalistes comme Imam Muslim (+ 875) et Muhammad Abu Isa al-Tirmizi rapprotent que le prophète Mahomet s’est appuyé sur ce verset du Coran quand il a dit que la « vision de Dieu » était la plus haute récompense des croyants. Un hadith rapporte que Dieu apparaîtra à tous ceux qui sont rassemblés au « lieu du séjour » et que tous le verront « comme on voit la lune durant la nuit, lorsqu’elle brille de tout son éclat ».

 

La fin dernière poursuivie par le musulman est « l’union à Dieu », la « vision de Dieu ». Voici ce qu’en dit le Coran : « De nombreux visages seront lumineux ce jour-là et ils verront leur Seigneur » (75,23). C’est, selon la Sourate 9,72, « le bonheur suprême », le lieu de la paix éternelle, l’état islam, le point final de la droite voie (10,26). Et, en victoire sur la mort, Dieu promet : « Mais toi, ô âme apaisée, reviens à ton Seigneur, apaisé dans son contentement. Ainsi, entre parmi mes serviteurs et entre dans mon jardin » (89,28-31).

Par contre, dans la Sourate 2,175, il est écrit des damnés que « Dieu ne leur adressera pas la parole le jour de la résurrection », et dans la Sourate 3,78 : « Dieu ne va ni leur parler ni les regarder le jour de la résurrection » ; ils « seront séparés de leur Seigneur ce jour-là » (83,16). Mais ce rejet n’est pas éternel. Mahomet a dit : « Un jour viendra sur l’enfer où ses portes vont battre l’une sur l’autre (dans le vent), et il n’y aura plus personne à l’intérieur » ( Abd Allah ibn Amr al-As selon Musnad Ahmad).-

Par-dessus toutes les traditions et promesses, il y a le grand appel de Dieu à saisir la vie véritable : « Ô vous qui croyez! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la (vraie) vie, et sachez qu’Allah s’interpose entre l’homme et son cœur, et que c’est vers Lui que vous serez rassemblés. » (8,25)

 

(Dans: Muhammad Salim Abdullah, Islam – Für das Gespräch mit Christen. Altenberge, 1988, p. 82-93)

 

II. Le point de vue chrétien

 

La résurrection des morts et la vie éternelle

Il y a des hommes qui meurent très âgés, après une vie bien remplie. Mais il y a aussi des enfants et des jeunes, qui meurent, de maladie, de la faim ou du froid, suite à des accidents ou des catastrophes. Dieu seul sait combien d’hommes meurent à cause de l’indifférence de leurs voisins qui ne veulent pas partager avec eux leur pain, leurs médicaments, leur pays ou leur maison ; ou à cause de la violence de ceux qui préfèrent faire la guerre plutôt que de se préoccuper de la paix.

 

  • Lorsque les chrétiens disent qu’ils croient à la résurrection des morts et à la vie éternelle, cela ne veut pas dire qu’ils cherchent à échapper à la mort et à la souffrance.
  • Il ne s’agit pas uniquement pour eux de consoler leur prochain défavorisé et exclu avec des paroles promettant une vie meilleure après la mort.
  • Lorsque les chrétiens disent qu’ils croient à la résurrection des morts et à la vie éternelle, ils veulent dire : « Nous croyons fermement, et ainsi nous espérons, que de même que le Christ est vraiment ressuscité des morts, et qu’il vit pour toujours, de même après leur mort les justes vivront pour toujours avec le Christ ressuscité et qu’il les ressuscitera au dernier jour (cf. Jean 6, 39-40) (Cat. de l’Eglise Catholique 989). Nous croyons que nous sommes appelés à vivre avec tout notre être glorifié d’une façon beaucoup plus belle que tout ce que nous pouvons imaginer et rêver, car c’est Dieu qui va nous l’offrir.

 

Il n’est pas le Dieu des morts

Les livres de la Bible sont pleins de récits. Les hommes y parlent de leurs projets et de leurs objectifs. De leurs joies, quand la vie leur est favorable. De leurs deuils et de leurs déceptions, quand le malheur les visite. Du mal qu’ils commettent et du mal qu’ils supportent. Ils demandent : pour quoi sommes-nous sur la terre ? A quoi servent tous les efforts accomplis alors que chacun sait bien qu’il doit mourir ? Pourquoi untel bénéficie-t-il d’une longue vie, tandis qu’un autre meurt bien avant que sa vie n’a pu commencer ? A des questions de cet ordre l’homme ne trouve pas de réponse valable par lui-même.

Les hommes dont la Bible nous raconte l’histoire sont conscients de leurs limites. Cependant ils font l’expérience d’une espérance qui dépasse ces limites. Ils sentent qu’ils sont ouverts à Dieu. C’est en lui qu’ils mettent leur espoir.

Jésus a, dans sa prédication, donné l’assurance que les morts ressusciteront. Après la mort de son ami Lazare, Jésus dit à sa sœur Marthe ce qu’il répète à tout homme et à toute femme qui pleure sur la tombe d’une sœur ou d’un frère :

« Je suis la résurrection et la vie

Qui croit en moi vivra, même s’il meurt. »

Evangile selon Jean 11,25

 

Le jour de Pâques, Dieu a montré par Jésus Christ qu’il est plus fort que la mort. Le tombeau de Jésus est vide et Jésus ressuscité apparaît à ses apôtres, il leur montre ses mains et ses pieds transpercés par les clous de la passion et il dit : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! » (Luc 24,39).

 

La résurrection de Jésus leur donne la certitude que nous aussi nous ressusciterons avec lui, comme saint Paul l’affirme :

 

« Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »

Lettre aux Romains 8,11

 

Jésus proclame :

« Ne soyez pas surpris ; l'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux vont entendre sa voix, et ils sortiront : ceux qui ont fait le bien, ressuscitant pour entrer dans la vie ; ceux qui ont fait le mal, ressuscitant pour être jugés. »

Evangile selon Jean 5,28-29

 

Comment allons-nous ressusciter des morts ?

Notre langue, nos mots, se rapportent à ce monde-ci et à sa réalité. Pour le monde et la réalité de Dieu les mots nous manquent. Les premiers chrétiens en ont déjà fait l’expérience quand ils se demandaient : comment se passera la résurrection des morts ? Que devient le corps qui se décompose dans la tombe ? Est-ce qu’une personne handicapée reste handicapée après la résurrection ? Est-ce qu’un enfant qui meurt deviendra un adulte au ciel ? Qu’en est-il de tous ceux qui sont déjà morts et qui doivent encore mourir dans l’espérance en Dieu et dans la foi en Jésus Christ ?

 

Face à ces questions – et beaucoup d’autres- nous n’avons pas de meilleure réponse que de regarder Jésus ressuscité qui est glorifié et qui porte en même temps dans son corps les cicatrices de sa passion en signe de son grand amour par lequel il a donné sa vie pour nous. D’une part, le tombeau vide, la marque des clous, et d’autre part, la nouvelle et mystérieuse apparition de Jésus ressuscité nous permettent d’affirmer que les morts ressuscitent avec leur corps, qui sera en même temps différent, parce que glorifié, tout comme le grain de blé tombé en terre est transformé dans la mort pour porter du fruit. (cf. Jean 12,24).

« Qu’est-ce que " ressusciter " ? Dans la mort, séparation de l’âme et du corps, le corps de l’homme tombe dans la corruption, alors que son âme va à la rencontre de Dieu, tout en demeurant en attente d’être réunie à son corps glorifié. Dieu dans sa Toute-Puissance rendra définitivement la vie incorruptible à nos corps en les unissant à nos âmes, par la vertu de la Résurrection de Jésus.

Catéchisme de l’Eglise Catholique , 997

 

Devant le mystère qui entoure la vie et devant l’amour qui repose « sur la toute-puissance de Dieu », saint Paul écrit à la communauté de Corinthe :

« … ce que personne n'avait vu de ses yeux ni entendu de ses oreilles, ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu. »

Première Lettre aux Corinthiens 2,9

 

Nous donnons le Corps du Seigneur ressuscité en nourriture à notre corps, lorsque nous participons à l’Eucharistie. L’Eucharistie est un gage de la vie éternelle. « La réception de l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la glorification de notre corps par le Christ » (Cath. Egl.Cath. 1000)

 

« Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. »

Evangile selon saint Jean 6,54

 

En attendant la résurrection, le corps et l’âme des fidèles participe déjà à la dignité « d’appartenir au Christ ». D’où l’exigence d’honorer son propre corps, mais aussi le corps d’autrui, spécialement celui des personnes qui souffrent (cf. Cath. Egl. Cath. 1004).

« Le corps… est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. Dieu a ressuscité le Seigneur ; par sa puissance, il nous ressuscitera, nous aussi. Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? … Vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes… Glorifiez donc Dieu dans votre corps ! »

Première Lettre aux Corinthiens 6,13-15.19-20

 

Les chrétiens et la mort

La mort fait peur aux hommes – même à ceux qui ont confiance en Dieu. Car la mort signifie adieu et séparation. Tout ce que la vie accomplissait dans l’homme, ses biens et ses personnes, doit être abandonné. Chacun vit personnellement sa mort et il le fait les mains vides.

Nul mortel ne doit avoir honte de sa peur. Jésus, sur la Croix, a, lui aussi, appelé son Père. Avec lui, tout homme, en mourant peut l’appeler au moment où sa dernière heure approche. Tout comme le brigand crucifié avec Jésus, chacun peut mettre toute sa confiance dans le Sauveur, qui lui répond : « Amen, je te le dis : aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23,43)

 

Avec Jésus, le mourant peut être sûr que le Dieu miséricordieux changera toute angoisse en joie et remplira les mains vides. « Pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, la mort est une accueil dans la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer à sa résurrection. » (Cath. Egl. Cath. 1006)

Nous croyons que Dieu vient à notre rencontre lorsque nous mourons. Les yeux que la mort a fermés s’ouvrent. Nous nous tenons devant Dieu, chacun avec son histoire personnelle, son amour et sa culpabilité. Avec tout ce qu’il fait de bien et de mal : pour l’amour de Dieu et du prochain ou alors pour les dégâts occasionnés. Nous croyons que cette rencontre est décisive. Les prophètes d’Israël et Jésus lui-même parlent de cette expérience comme d’un jugement. Le regard de Dieu voit jusqu’au fondement. Devant lui, on ne peut rien cacher ni enjoliver. Lui, qui est infiniment juste, sait que nous sommes faibles et il en tient compte. Lui, qui est infiniment miséricordieux, voit si nous reconnaissons humblement notre faiblesse et si nous attendons tout de sa miséricorde. Lors de ce jugement, la sentence est prononcée : récompense ou punition, bonheur ou damnation, le sein d’Abraham ou le feu éternel, les louanges ou les pleurs et les grincements de dents (cf. Matthieu 8,12), la danse dans la chambre nuptiale ou devoir frapper en vain devant des portes fermées (cf. Matthieu 25,1-13). Ce sont des images qui ne laissent pas indifférent. Elles sont racontées à des hommes qui sont sur le chemin, afin qu’ils se convertissent, changent leur vie et se fortifient dans l’amour du Christ : en foi, espérance et amour.

Pour ceux qui croient, Seigneur

La vie est transformée,

elle n’est pas enlevée.

Et quand tombent les auberges de notre pèlerinage terrestre,

une habitation éternelle nous est préparée au ciel.

Préface de la messe des défunts

 

La mort : elle marque la fin de la vie terrestre et le début de la vie éternelle : l’âme se sépare du corps corruptible. Elle rencontre Dieu lors du jugement particulier. Au dernier jour, lorsque Jésus revient dans sa gloire, tous les morts ressusciteront, leurs âmes seront à nouveau réunies avec leur corps, les âmes des justes avec un corps lumineux et glorieux, celles des damnés avec un corps accablé de peines et de douleurs.

 

Le Jugement : on distingue le jugement particulier (le jugement des individus) du jugement dernier. Le jugement particulier suit immédiatement la mort. Il décide de l’appartenance éternelle à la communauté des élus ou de l’exclusion définitive de cette communauté. Le jugement se fait selon la manière dont chacun s’est efforcé, durant sa vie terrestre, d’accomplir la volonté de Dieu et de croire en Jésus Christ.

Ce jugement est définitif. Le jugement dernier est lié au dernier jour, le jour de la venue du Christ, qui revient pour révéler en plénitude le Royaume de Dieu, son Royaume. Ce jour-là, tous les morts ressusciteront. En présence de tous les peuples qui sont rassemblés devant le Christ, chacun sera jugé avec son âme et avec son corps (cf. 25,32).

 

La sentence: la sentence est mesurée selon la libre volonté de l’homme durant sa vie terrestre. Celui qui, consciemment et librement, s’est séparé de Dieu, n’a aucune place parmi les élus ; son sort est celui des exclus « dans le feu éternel, qui est destiné au diable et à ses anges » (Matthieu 25,41) : c’est l’ « enfer ». Pour ceux qui prennent le parti de Dieu et de son Fils, le Christ, mais qui ne sont pas encore entièrement prêts ni dignes pour une rencontre avec lui au moment de leur mort , un temps de purification, d’attente et de maturation est prévu, ce que l’on appelle le « purgatoire ».

 

Ils attendent là, espérant leur entrée dans la plénitude de la communion avec Dieu. La prière des croyants leur est une aide. La parole du Christ s’applique aux élus qui, durant leur vie terrestre se sont laisser pénétrer et transformer par l’amour du Christ : « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui a été préparé pour vous depuis la création du monde »(Matthieu 25,34). Ils voient Dieu tel qu’il est, et ils lui ressemblent. (cf. 1 Jean 3,2) ; ils vivent éternellement en communion avec lui. Ils sont « au ciel ».

 

La vie éternelle

 

N’avoir plus peur de rien, pas même de ses propres fragilités ; être la personne que Dieu souhaitait quand il l’appela par son nom ; vivre auprès de Dieu ; vivre en plénitude, vivre pour toujours, non pas dans une tranquillité éternelle, mais dans une inimaginable plénitude de paix, de lumière et d’amour – qui donc pourrait formuler avec précision ce qu’elle sera ?

 

Un des grands Pères de l’Eglise, saint Augustin, a écrit : « … là nous serons tous libres et nous verrons, nous verrons et nous aimerons, nous aimerons et nous dirons merci. Voyez, c’est cela qui arrivera à la fin et qui n’aura pas de fin. »

 

Les prophètes d’Israël et saint Jean, le prophète chrétien des derniers temps, parlent en langage imagé de l’aspect que prendra la vie nouvelle pour nous. Ils ne parlent pas du ciel comme un endroit indéterminé quelque part derrière les nuages. Le ciel est là où est Dieu, la où les hommes vivent comme son peuple. L’ancienne terre, coupable et abîmée par les hommes, a disparu. Une nouvelle terre sert aux hommes de patrie, une terre telle que Dieu l’a voulue, illuminée par le Christ ressuscité. Un monde où les hommes, son peuple, vivent auprès de lui et débordent de bonheur dans la vision de Dieu : il est lui-même leur lumière et leur vie. Aussi plus besoin de soleil et de lune. Et dans une Jérusalem nouvelle, il n’y a plus de maison de pierre et pas de temple pour rencontrer Dieu. Dieu et là, il habite au milieu des hommes.

 

Ce sera une terre nouvelle et fertile, que le Bible peut décrire avec un pléthore d’images : les sources jaillissent dans le désert ; les arbres grandissent et portent des fruits douze fois par an. Un monde dans lequel plus rien ne menace les êtres vivants : le loup habite avec l’agneau ; ils peuvent vivre sans être des menaces les uns pour les autres. Le nourrisson étend la main sur le trou du serpent et n’est pas mordu (cf. Isaïe 11,6-8). Les hommes découvrent ce que veut dire être humain en plénitude et intégralement : il n’y aura plus de maladie, plus de mort, plus de solitude, plus de deuil, plus de larmes, plus de haine, plus d’inimitié, plus de répression.

 

Il y a encore d’autres images- il n’y en aura sans doute jamais assez - pour décrire cette plénitude : les yeux des aveugles s’ouvrent, les oreilles des sourds aussi, le boiteux court comme le cerf, et la langue des muets tressaille de joie (cf. Jérémie 35,5-6). Les épées et les lances deviennent inutiles ; on les brise pour en forger des socs de charrue et des couteaux de vignerons. On ne pense plus du tout à la guerre. Chacun peut s’asseoir sous sa vigne ou son figuier sans que personne ne l’inquiète (cf. Michée 4,3-4). Dieu lui-même essuiera les dernières larmes des yeux des affligés – vraiment, tout ce qui était a disparu.

 

« Ils verront son visage et son nom sera écrit sur leur front. »

Apocalypse 22,4

 

Saint Jean, le voyant, a écrit le dernier livre du Nouveau Testament, l’Apocalypse, à savoir la Révélation. Il s’agit des mystères que Dieu « révèle » à saint Jean dans des visions : le triomphe de Dieu et de son Fils, le Christ, ainsi que la défaite de ses ennemis ; le salut éternel ; le bonheur des hommes, qui habitent éternellement auprès de Dieu.

 

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ.

 

En lui,il nous a choisis avant la création du monde,pour que nous soyons, dans l'amour,saints et irréprochables sous son regard.

Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance,

à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption,le pardon de nos fautes.

 

Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté,de ce qu'il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis ;dans sa bienveillance, il projetait de saisir l'univers entier,ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre,en réunissant tout sous un seul chef, le Christ.

 

En lui, Dieu nous a d'avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu'il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d'avance avaient espéré dans le Christ,à la louange de sa gloire.

 

Dans le Christ, vous aussi,vous avez écouté la parole de vérité,la Bonne Nouvelle de votre salut ;en lui, devenus des croyants,vous avez reçu la marque de l'Esprit Saint.Et l'Esprit que Dieu avait promis,

c'est la première avance qu'il nous a faite sur l'héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale,à la louange de sa gloire.

 

Lettre aux Ephésiens 1,3-14

 

(Dans: Ich glaube. Kleiner katholischer Katechismus. Königstein i. T.: Kirche in Not, 2004), pp. 105-113.)

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